Réunis en congrès du 2 au 4 avril 2026, les députés et sénateurs camerounais ont adopté un projet de loi modifiant et portant certaines dispositions de la Constitution. Cette réforme institue un poste nouveau dans l’architecture institutionnelle du pays : celui de vice-président de la République. L’adoption de ce texte marque une étape historique dans la modernisation des institutions et suscite à la fois enthousiasme et débats parmi les acteurs politiques et l’opinion publique.
La naissance d’une nouvelle fonction au sommet de l’État
Le projet de loi modifie plusieurs articles fondamentaux de la Constitution du 2 avril 1972, révisée en 1996 et en 2008. Les articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66 ont été amendés afin d’introduire la fonction de vice-président. La discussion générale, qui a duré près de cinq heures lors de la séance de clôture, a démontré l’importance accordée à ce texte par le Parlement. Une quinzaine de députés et de sénateurs se sont succédé à la tribune, mettant en évidence deux grandes tendances.
Le groupe majoritaire du RDPC a largement salué cette réforme. Selon le sénateur Alioum Alhadji, dans le contexte actuel, cette initiative représente la voie la plus sûre pour le pays. Le député Nkodo Dang a, quant à lui, souligné la conformité du texte aux conventions internationales ratifiées par le Cameroun ainsi qu’à la législation nationale, tout en répondant aux préoccupations immédiates.
À l’opposé, une partie de l’opposition a exprimé des réserves. Si certains accueillent favorablement la création du poste de vice-président, ils dénoncent l’absence de consultation des forces politiques et de la société civile. Le député Ngo Issi du PCRN regrette qu’un texte d’une telle importance ait été adopté sans dialogue inclusif. La principale critique porte sur le mode de désignation du vice-président, nommé par le président et non élu, ce qui soulève des interrogations sur sa légitimité démocratique.
Le doyen d’âge du Sénat, René Ze Nguele, a également marqué les débats par une intervention critique, estimant que le texte ne répondait pas pleinement à ses attentes. Les parlementaires de l’UDC ont, pour leur part, regretté que d’autres réformes institutionnelles, telles que la majorité électorale, le mode de scrutin présidentiel, la limitation des mandats ou la saisine du Conseil constitutionnel, n’aient pas été intégrées.
Réponses du gouvernement et objectifs de la réforme
Face aux critiques, le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Laurent Esso, a indiqué que le gouvernement prenait en compte les observations formulées. Il a rappelé que l’objectif principal du chef de l’État est d’améliorer le fonctionnement des institutions au sommet de l’État. Il a également souligné que le président, garant de l’unité nationale, saura préserver les équilibres institutionnels.
Après quelques corrections matérielles, le texte a été adopté, marquant la clôture de la sixième session du Congrès. Le président du Congrès, Théodore Datouo, a qualifié cette réforme de nouveau départ pour davantage d’unité, de stabilité et de prospérité.
Une réforme encadrée par la Constitution
La révision adoptée respecte le cadre constitutionnel en vigueur. L’article 64 précise qu’aucune modification ne peut porter atteinte à la forme républicaine, à l’unité et à l’intégrité territoriale de l’État ni aux principes démocratiques. Par ailleurs, l’article 63 exige une majorité absolue pour valider toute révision.
Le texte a été approuvé par 205 voix pour, 16 contre et 2 abstentions sur 223 votants, confirmant ainsi la légalité et la légitimité formelle du processus.
Nomination plutôt qu’élection : un choix stratégique
Le mode de désignation du vice-président a constitué l’un des points centraux des débats. Dans son discours d’investiture du 6 novembre 2025, le président Paul Biya avait exprimé sa volonté de réformer les institutions pour améliorer leur fonctionnement.
Selon le politologue Manassé Aboya Endong, le choix de la nomination relève d’une approche pragmatique visant à garantir la stabilité institutionnelle. Il permettrait d’identifier un profil capable d’assumer les fonctions sans passer par une compétition électorale, tout en tenant compte des réalités nationales.
Plusieurs pays africains ont adopté des systèmes similaires, notamment la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud, le Botswana, la Guinée équatoriale, le Gabon ou encore le Burundi. Cette option vise à assurer la continuité de l’État tout en limitant les tensions liées aux rivalités électorales.
Attributions et limites du vice-président
Le vice-président exercera les fonctions qui lui seront confiées par le président. En cas de vacance du pouvoir, il assurera la continuité en achevant le mandat présidentiel, après prestation de serment, conformément aux dispositions constitutionnelles.
Il ne s’agit toutefois pas d’un président bis. Le vice-président agit dans le cadre d’une feuille de route définie par le chef de l’État, détenteur de la souveraineté nationale. Ses fonctions seront incompatibles avec toute autre activité publique ou professionnelle.
Il sera justiciable devant la Haute Cour de Justice et deviendra la deuxième personnalité de l’État. Son mandat prendra fin en même temps que celui du président.
Le rôle du Sénat dans la vacance présidentielle
L’introduction du vice-président ne supprime pas le rôle du Sénat. En cas d’empêchement du vice-président, l’intérim sera assuré par le président du Sénat, puis par son suppléant, conformément à l’ordre de préséance.
Cette disposition vise à garantir la continuité de l’État et le respect des équilibres institutionnels.
Cette réforme institue un mécanisme visant à renforcer la continuité et la stabilité au sommet de l’État, tout en respectant le cadre constitutionnel et les principes démocratiques. Si le choix de la nomination du vice-président continue de susciter des débats, la nécessité de moderniser les institutions semble faire consensus.
Le Parlement et le gouvernement considèrent cette évolution comme un tournant majeur, ouvrant la voie à un nouveau départ pour l’unité, la stabilité et la prospérité du pays.
Synthèse : M. Mbembe
